On décale Musée L ?

Les jeunes sont partout, hyperconnectés, curieux, souvent immergés dans une vaste quantité d’images et de contenus. Pourtant, ils sont de moins en moins nombreux à franchir les portes des musées. À Louvain-la-Neuve et ailleurs, une interrogation persiste. Assiste-t-on à un désintérêt pour la culture, ou à un décalage entre la manière de la consommer et des institutions dédiées qui n’ont pas su évoluer ?

Paradoxalement, les jeunes n’ont jamais autant consommé de culture. L’histoire, l’art ou les enjeux de société sont, aujourd’hui, omniprésents sur les réseaux sociaux ou juste à travers des formats courts. Le savoir ne disparaît pas, il change peu à peu de forme. Et, dans ce contexte, le musée semble proposer tout autre chose. Il invite à ralentir, observer et découvrir, là où tout pousse à consommer rapidement et à surstimuler.

Pour autant, il serait trop simple de parler de rejet car la réalité est plus nuancée. Les jeunes ne tournent pas le dos à la culture, mais en définissent les attentes. Ils cherchent à vivre une expérience, à ressentir quelque chose, parfois à être impliqués. Face à cela, les musées tentent de se réinventer et de s’imposer dans ce paysage pour montrer qu’ils en valent la peine. 

C’est dans ce contexte que s’inscrit le Musée L, situé au cœur d’une ville étudiante. Entre mission académique et sociétale et son rôle à jouer dans la conservation, il doit lui aussi trouver sa place. Sa directrice, Elisa de Jacquier, revient sur les défis auxquels le monde muséal est confronté aujourd’hui et vous explique pourquoi vous devriez, au moins une fois, pousser les portes de son musée.

Quel est, selon vous, le rôle d’un musée dans une ville universitaire comme Louvain-la-Neuve ? 

Au départ, l’objectif est d’être un support à l’enseignement et à la recherche. En réalité, il y a beaucoup d’universités qui ont des musées. Au premier abord, ça va plutôt être les étudiants en archéologie et en histoire de l’art, potentiellement en histoire ou éventuellement en philologie classique qui vont y accéder. Cependant, on constate que l’IAD vient faire des cours ici. Il y a également des étudiants de Polytech qui utilisent le musée comme support pour des travaux de recherches comme des mémoires. Cela nous réjouit de voir que d’autres facultés utilisent le musée comme support pédagogique. Le musée a été créé en 1979 et Il a toujours eu ses doubles casquettes de musée universitaire pour l’enseignement la recherche mais aussi de musée ouvert au public. C’est un acteur culturel important pour les écoles, les environs, pour les familles, pour les individus…

Les étudiants viennent-ils visiter le musée ? 

C’est très difficile de faire venir un public étudiant. On s’efforce d’améliorer notre communication mais au vu de l’offre culturelle et récréative des étudiants, avec les activités des cercles et régios, des kots-à-projets… Il est difficile de faire venir des étudiants au musée parce qu’ils en ignorent parfois l’existence et bien souvent également que la place étudiante est gratuite. On essaie d’améliorer notre visibilité, d’être plus présents sur les réseaux sociaux mais ce n’est pas simple. On a aussi un partenariat avec UCLouvain culture. Le public étudiant est très changeant et par conséquent difficile à fidéliser. Il y a une association « Les amis du musée », avec une section de jeunes, qui organise des évènements au sein du musée. Par exemple, ils organisent chaque année un loup-garou, un speed dating au moment de la Saint Valentin, un Cluedo géant… C’est comme ça qu’on arrive à faire connaître le musée. On a également participé au 600e anniversaire de l’université, pendant la nuit bleue nous organisions une silent disco, qui a bien fonctionné. Il faut être créatif et se réinventer.” 

Dans le paysage culturel varié actuel, quel est la raison pour laquelle nous devrions continuer de nous rendre au musée ? 

“La première raison, c’est pour varier les plaisirs. De plus, c’est peut-être mon côté un peu plus engagé, mais je pense que les musées ont un véritable rôle à jouer dans la société actuelle. Ce n’est pas juste un lieu de conservation et de savoir. Un musée doit aussi être connecté aux enjeux actuels, aux questions sociétales, comme celle de l’inclusivité ou de la décolonisation.Il s’agit d’un lieu de dialogue. C’est une autre proposition que le théâtre, les activités sportives, ludiques, cela permet de s’intéresser aussi à des questions très actuelles comme celle du genre, de la déconstruction de la société. Nous avons également eu une exposition sur les champignons, qui permet de poser des questions liées à l’environnement, à la durabilité. L’objectif n’est pas de séparer les différentes expositions en diverses sections mais de créer un dialogue entre elles. C’est l’ADN du musée. On essaie à chaque étage de créer des dialogues et de montrer plutôt ce qui nous rassemble et ce qui communique ensemble plutôt que ce qui nous divise, c’est un rôle d’éducation et d’ouverture culturelle. Le musée est aussi un simple lieu d’évasion et de voyage qui peut transmettre des émotions.”

Quel message souhaitez-vous faire passer à travers le choix de vos expositions temporaires ? 

La thématique principale va être la déconstruction : celle des messages, de nos savoirs, de la manière dont on transmet. Les trois thématiques qui sont le fil rouge de toutes les expositions qu’on va mener sur les 5 années à venir, c’est la question de la décolonisation, la question de l’inclusivité et la question de la durabilité.”

Pouvez-vous nous parler des expos temporaires actuelles ? 

Pour l’instant, il n’y a pas d’exposition temporaire, mais il y a une petite exposition qui va s’ouvrir le 24 avril. Il s’agit de la valorisation d’une donation qu’on a reçu de la famille de l’artiste Pierre Caille, un artiste belge. C’est un céramiste, peintre, sculpteur, graveur… Il y a beaucoup de couleurs, c’est vraiment un chouette moment.

Quels sont les plus gros challenges auxquels le musée doit faire face ? 

À l’heure actuelle, c’est les moyens financiers. Il y a beaucoup d’incertitudes quant aux subsides pour l’avenir car nous savons que l’heure est aux économies au niveau politique. On ne sait pas très bien où toutes ces réformes vont mener.” 


Quels sont les prochains évènements organisés au musée ? 

D’abord, tous les 3e jeudis du moins le musée est ouvert jusque 22h, c’est toujours gratuit pour les étudiants et il y a souvent des activités spécifiques comme des escape game par exemple ou des visites de lieux un peu magiques et exclusifs du musée comme la galerie des moulages. Il y a toutes sortes d’activités qui sont organisées par l’association « Les amis du musée », toutes les informations se trouvent sur le site du Musée L. Comme ce sont des jeunes, la période de mai-juin est plus calme car c’est la session d’examens. C’est aussi possible de venir faire le blocus au Musée L, c’est un endroit calme un peu comme la bibliothèque, mais on sait que les places sont chères en bibli donc c’est bon à savoir aussi. C’est aussi possible de s’installer dans le foyer du musée pour boire un café ou prendre son pique-nique, c’est un endroit très agréable.”

Qu’aimeriez-vous que les visiteurs retiennent en quittant le musée ? 

Ce qu’on a essayé de mettre en place c’est une invitation au voyage dans le temps et autour du monde, porté sur l’ouverture parce qu’on a des collections qui sont très différentes et assez riches, il y en a pour tous les goûts. Le but, comme on a une palette de collections assez large, c’est d’inviter à revenir. C’est un musée à taille humaine dans lequel on peut changer de lieu et d’espace-temps assez rapidement. Un vrai moment de voyage et de dialogue, tourné vers l’ouverture.”  

À quoi pensez-vous que ressembleront les musées dans le futur ? 

Ce qui est sûr, c’est que les musées ont déjà évolué. Avant, c’était vraiment juste un lieu de conservation et de savoir, ce qui restera le cas car c’est une de ses missions de base on a cette obligation de conservation pour les générations futures.Cependant, j’observe quand même qu’un musée, à l’heure actuelle, ne peut plus être neutre. Il doit prendre en considération les questions et les enjeux sociétaux actuels, environnementaux, politiques. Sur ce point, on a vraiment un rôle à jouer. Pour notre équipe, c’est très important de s’engager. Si je devais résumer, je dirais un musée engagé, qui n’a pas peur des questions compliquées, et connecté avec la société et ses enjeux d’actualité. Le musée doit favoriser le dialogue plutôt que la polarisation.

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