Critique – « Le silence du chœur »  

Pour le lancement de sa saison 2026-2027, le théâtre Jean Vilar présente une pièce de sa création « Le silence du chœur ». Touchante, drôle et surtout poétique, elle emmène le spectateur dans un petit village sicilien fictif : Altino. 

La pièce raconte l’arrivée dans une petite bourgade sicilienne de 72 migrants, que les habitants appellent ragazzis, venus principalement d’Afrique de l’ouest. Entre le curé qui tente de comprendre l’histoire de chacun de ces hommes arrivés sur son île au péril de leur vie, la maire du village dont les valeurs sont en équilibre et peuvent basculer à tout moment ou encore le médecin et entraîneur de foot, le public n’a aucun risque de s’ennuyer. 

En filigrane de la représentation, une histoire est racontée : celle de Fousseyni Traoré, un réfugié malien. Alternant entre monologues, chants et souvenirs narrés par ses proches, son épopée contée par plusieurs voix est une immersion bouleversante dans le parcours d’une personne qui migre vers un ailleurs plein de promesses. 

Marie-Aurore d’Awans, la metteuse en scène, dirige ainsi un plateau composé de 18 comédien.nes haut.es en couleurs ! Aux textes déclamés se mêlent des chants qui transportent véritablement le public, l’emmenant dans un univers parallèle et pourtant beaucoup plus proche qu’il ne le pense. Cette couleur qui émane véritablement de l’œuvre est également issue des différentes langues qui sont parlées sur scène, on navigue entre le français et l’anglais, en passant par des dialectes africains, toujours en étant compris. 

Inspirée du roman du même nom de Mohamed Mbougar Sarr, par ailleurs lauréat du prix Goncourt 2021, la pièce pose la question du mieux vivre ensemble. Sont notamment abordées les notions d’accueil, de tolérance et d’appréhension de l’altérité, le tout de de manière empreinte d’humanité, dans ses meilleurs comme dans ses pires côtés. De cette cohabitation singulière naît de la solidarité, de l’empathie mais aussi de la peur, du rejet, parfois de la violence. 

Le décor est époustouflant, monté sur différents niveaux et le jeu de lumières le fait vivre d’une manière remarquable. Les comédien.nes habitent réellement le plateau en s’emparant de l’espace avec une prestance, même dans les silences. Une pièce à découvrir, une affaire d’Hommes dans laquelle la nature a son mot à dire. 

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