La télévision : quand l’extrême droite s’en sert, la démocratie paie

Au sein de nos démocraties occidentales, les extrêmes droites investissent le champ de la télévision, au nom de deux objets précis qui les distinguent des autres familles politiques : imposer un récit national-conservateur par n’importe quel moyen et sortir de la démocratie libérale.

Le programme de l’extrême droite française sur l’audiovisuel illustre bien le propos. Cette dernière souhaite privatiser en totalité l’audiovisuel public, quand celui-ci représente une garantie d’objectivité et de pluralisme, dans un milieu audiovisuel fortement dominé par les acteurs privés, et de plus en plus fortement influencé idéologiquement à l’extrême droite. Ce programme témoigne d’une volonté ferme de bénéficier d’un paysage médiatique acquis à sa cause où le pluralisme et l’indépendance ne seront plus de maîtres mots, ce qui se développe de manière très frappante dans plusieurs pays européens.

Partons d’abord en France, au sein de la galaxie audiovisuelle de Vincent Bolloré, dont ce dernier se sert afin de servir un projet politique plus global. Les élections législatives anticipées de 2024 en France nous ont bien montré comment cet artisan de la philanthropie nationale-populiste a influencé les bouleversements politiques de cette élection. Celui-ci, après l’annonce de la dissolution par le président Macron de l’Assemblée nationale le 6 juin 2024, a rencontré Eric Ciotti, l’ex-président des Républicains, avec lequel il s’est entretenu, en vue de mettre en place une alliance électorale et programmatique entre le parti de droite et le Rassemblement national. 

Un autre exemple frappant des dangers de ce lien entre l’extrême droite et les médias nous est montré par une enquête du Monde sur le rôle de Cyril Hanouna, dans son programme “On marche sur la tête” sur la radio Europe 1, lancé lors de la période des élections législatives de 2024. En effet, sur l’ensemble des émissions, le présentateur a par exemple passé 30 minutes à critiquer le Nouveau front populaire contre exactement 0 minutes à critiquer le Rassemblement national et les Républicains. Mais encore, Cyril Hanouna a même servi d’intermédiaire téléphonique entre la vice-présidente du parti d’extrême droite Reconquête, Sarah Knafo et Jordan Bardella, sur le plateau de l’émission “Touche pas à mon poste”, en vue de conclure la fantasmée “union des droites”.

La situation hongroise nous montre bien ce qu’il se passerait en cas d’application du programme de l’extrême droite. En Hongrie, comme l’indique l’ONG Freedom House, la majorité des grands médias télévisés et privés et publics sont devenus des organes de propagande pilotés par le gouvernement d’extrême droite de Viktor Orban et son parti, le Fidesz. Ils mettent en avant des fausses accusations contre l’opposition et excluent tout pluralisme politique sur leurs plateaux. De même, l’Office de défense de souveraineté, crée par la Hongrie en 2024, a poursuivi plusieurs journalistes indépendants en leur prêtant de servir des intérêts étrangers et le gouvernement hongrois a même utilisé l’outil d’espionnage Pegasus afin de surveiller plusieurs journalistes indépendants.

Le cas de la Belgique francophone nous montre à l’inverse que la lutte comment la lutte contre l’extrême droite est un des moteurs du rôle médiatique. Dans le Sud du pays et à Bruxelles, les médias télévisés se sont engagés de manière politique et juridique à ne pas donner la parole à l’extrême droite, en raison de son idéologie antidémocratique, notamment en ce qui concerne la liberté de la presse. C’est ce qu’on appelle le cordon sanitaire médiatique.

Néanmoins, la situation en Belgique francophone rappelle à quel point cet équilibre reste fragile et est soumis à la volonté des acteurs, d’autant plus dans un contexte politique dominé par une recrudescence forte de l’idéologie d’extrême droite dans le monde. En effet, cet équilibre est remis en question par certains cadres du Mouvement réformateur comme Georges-Louis Bouchez et Jacqueline Galant. L’actuelle ministre francophone des services publics, des sports et des médias, au gré d’une analyse fine, a expliqué qu’il y avait “beaucoup de gauchos” chez les jeunes journalistes et qu’elle voulait imposer une inversion de la ligne éditoriale de la RTBF, qu’elle trouve trop à gauche.

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