Le 11 juin prochain, le monde aura les yeux rivés sur la cérémonie d’ouverture de la 23ᵉ édition de la Coupe du Monde de football. Les États-Unis, l’un des trois pays hôtes, accueilleront 78 des 104 matchs du tournoi. Pourtant, les agissements de Donald Trump posent sérieusement question, à l’approche d’un événement censé célébrer le sport, le monde et la diversité.
Le football rassemble, où du moins, c’est ce que l’on pourrait penser. Car en effet, les récentes politiques d’entrée sur le territoire américain sont très loin de refléter l’ouverture et les valeurs que la Coupe du Monde prétend incarner. Bien qu’il existe des exceptions pour les athlètes et le staff, l’entrée aux États-Unis a été interdite ou restreinte par l’administration Trump à des citoyens de dizaines de pays. Que ce soit pour des raisons prétendues de sécurité, d’immigration ou de coopération insuffisante avec Washington. Parmi ces pays figurent d’ailleurs des nations déjà qualifiées ou susceptibles de se qualifier pour le Mondial, parmi lesquelles on peut compter l’Iran ou Haïti, et des pays africains comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire. Ces pays pourraient donc voir leurs ressortissants confrontés à des restrictions d’entrée.
Face à ces obstacles, le « FIFA PASS » a été mis en place pour tenter d’accélérer la procédure d’obtention de visas pour les supporters détenteurs de billets. Néanmoins, même ce mécanisme ne garantit en aucun cas l’admission pour les ressortissants de certains pays, comme l’a précisé l’administration des États-Unis.
Ce contexte rappelle les débats de 2022 autour du Mondial au Qatar, où des appels au boycott avaient émergé pour dénoncer les conditions de travail des migrants, les droits humains et l’absence de libertés fondamentales. Beaucoup avaient critiqué le choix du pays hôte mais les matchs avaient quand même été suivis par des millions de supporters à travers le monde, laissant des interrogations et un flou sur l’efficacité réelle d’un boycott face à des enjeux politiques et économiques profonds.
En parallèle, les dernières déclarations du président américain sur l’annexion du Groenland, territoire danois, ont provoqué un tremblement de terre médiatique, allant jusqu’à l’envoi de soldats européens sur le territoire menacé et de vives réactions de la part des chefs d’États européens. Ce climat géopolitique sous tension pose forcément question quant à la venue des équipes nationales européennes dans un pays dirigé par un président qui menace ses alliés. L’Allemagne avait d’ailleurs menacé le boycott face aux différends avec les États-Unis avant de se rétracter déclarant que « le sport doit rester le sport » et que « les affrontements politiques doivent se mener sur le terrain politique ».
Aujourd’hui le contexte est différent mais tout aussi problématique. Il ne s’agit plus seulement de dénoncer les conditions internes d’un pays mais d’interroger une puissance occidentale qui se proclame ouverte mais dont les politiques d’immigration et de sécurité peuvent exclure une partie significative du monde. Peut-on accepter une Coupe du monde où certains supporters sont nés dans un pays jugé « à risque » ou en désaccord avec Washington ? Peut-on séparer la fête du football de la réalité politique du pays qui l’accueille, ou toute participation internationale revient-elle à normaliser des politiques perçues comme discriminatoires ?
Ces questions touchent au sens même de ce que représente une Coupe du Monde aujourd’hui. Plutôt que d’apporter une réponse toute faite à la question de boycotter ou non, peut-être faut-il reconnaître que ce Mondial nous oblige à repenser ce que nous attendons du football et du sport…
