Depuis 2020, la dark romance s’impose comme étant un véritable phénomène éditorial. Ce genre littéraire, aussi populaire que controversé, séduit un large public, principalement jeune et féminin. Mais derrière cet engouement croissant, la dark romance suscite aussi des inquiétudes et interroge sur les représentations qu’elle véhicule.
La dark romance se déroule le plus souvent dans des univers liés au crime organisé, aux gangs ou à d’autres formes d’illégalité. Les intrigues mettent en scène un protagoniste masculin violent et possessif, exerçant une forte emprise sur une jeune femme souvent innocente, parfois retenue contre son gré. Les relations s’inscrivent dans des rapports de pouvoir marqués par domination et soumission, dans des atmosphères oppressantes. Malgré leurs passés traumatiques et les nombreux conflits qui les traversent, les deux personnages finissent par développer des sentiments l’un pour l’autre.
De l’érotisme à la romance sombre
Le premier roman à populariser un mélange d’érotisme et de relations de domination est la célèbre saga Cinquante nuances de Grey d’E. L. James. Véritable phénomène mondial, la trilogie s’est vendue à plus de 125 millions d’exemplaires. L’histoire de Christian Grey et Anastasia Steele combine amour, sexualité et BDSM. Souvent citée comme point de départ de la popularité des dark romances, la saga se distingue par un élément central : le consentement. Si une dynamique de domination s’installe, elle repose explicitement sur l’accord des deux partenaires, ce qui la différencie des récits de dark romance.
La violence au cœur de l’intrigue
C’est précisément là que se situe la controverse autour de la dark romance. Beaucoup de romans décrivent des violences sexuelles, des abus psychologiques et des relations profondément déséquilibrées. Au fil du récit, la protagoniste est souvent confrontée à différents types de violences, tandis que le comportement du personnage masculin est fréquemment expliqué, voire excusé, par un passé traumatique. De cette dynamique destructrice émerge cependant une relation présentée comme un « amour » véritable. Dans ces récits, les hommes dépassent largement l’archétype du simple bad boy, car ils commettent parfois des viols ou des agressions.
Quand les réseaux sociaux propulsent le phénomène
Un succès emblématique du genre est la saga Captive de Sarah Rivens, publiée fin 2020. Le roman suit Ella, une jeune femme séquestrée et maltraitée, confiée à Asher Scott, chef impitoyable d’un réseau mafieux. Avant sa sortie en librairie, l’histoire connaît un succès massif sur Wattpad, une plateforme gratuite et accessible à tous, où elle est lue par plus de sept millions de lecteurs. Face à cet engouement, Hachette Livre signe un contrat avec l’autrice. La popularité du roman est ensuite amplifiée par TikTok, notamment dans la communauté BookTok, et touche un public jeune et majoritairement féminin. Mais cette diffusion massive inquiète, car certaines lectrices, parfois âgées de 11 ou 12 ans, accèdent à des récits mêlant violences et abus sexuels susceptibles de banaliser, voire de « glamouriser » ces comportements.
Entre codes jeunesse et contenus adultes
Face à la diffusion massive de la dark romance auprès d’un public jeune, la question de la prévention s’impose. Le secteur commence à réagir. L’usage des trigger warnings (avertissements sur les contenus sensibles) se généralise pour prévenir de la présence de violences sexuelles ou psychologiques et de contenus à caractère sexuel. Toutefois, le marketing pose question. De nombreuses couvertures adoptent des codes graphiques “jeunesse”, rendant les livres attrayants pour des lectrices parfois très jeunes. Entre succès commercial et responsabilité éditoriale, la dark romance met en lumière la nécessité d’accompagner le lectorat et de ne pas banaliser la violence derrière des histoires de passion.
